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17 juin, 1012     Volume 10, numéro 21
PLUS QUE JE N’AI JAMAIS DONNÉ....VOUS HÉRITEZ DU FRUIT DE LEURS PEINES....VOILÀ UN SURVIVANT ORIGINAL....ROBERT LAROCHE OMI
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PLUS QUE JE N’AI JAMAIS DONNÉ
CHRIS RUSHTON OMI, 
rochton photo1.web
en quittant le Labrador après trente-sept ans de ministère.

Par Nestor Gregoire OMI

Tout comme Chris quitte le Labrador après trente-sept ans et mène à sa fin la présence oblate au Labrador
(depuis 1847), nous lui avons demandé de nous partager quelques-uns de ses souvenirs. Tout son  ministère, sauf pour les six ans durant lesquels il servit comme Provincial de la Province St.Peter’s, s’est
passé au Labrador. Durant ces six années, il est toujours retourné au Labrador afin d’y être présent pour
Noël et  la Semaine Sainte.

Le fait d’aller au Labrador lui est arrivé par erreur. Après ses études au Scolasticat, il fut envoyé au Teacher’s college pour se préparer à une carrière d’enseignement. Au milieu de l’année, l’École secondaire, dirigée par les Oblats à Ottawa, fut fermée. Le Provincial, Clarence Lavigne OMI, voulait encore que Chris
enseignât dans une école, quelle qu’elle soit, à l’intérieur de la Province oblate, où l’on trouvait une communauté oblate.

Il envoya trente-sept demandes d’emploi pour un poste d’enseignement et il en eut vent à partir d’une seule direction d’école, celle de Goose Bay, Labrador. « J’ai eu à regarder sur la carte pour découvrir où se trouvait cette ville. »

En route pour l’aéroport, il eut une crevaison qui le força à manquer son vol. Il courut au bureau de la ligne aérienne et il les informa sans hésiter qu’ « il voulait aller au Labrador! »  On le dirigea vers Labrador City, en le connectant le lendemain vers Goose Bay.

Lorsqu’il arriva à Labrador City pour passer la nuit chez les Oblats de langue française, il demanda : « Où se trouve le High School? » On lui indiqua de l’autre côté de la rue. Quand Chris pénétra dans l’école, « Je sus que je devais être ici! » Le Principal voulait bien l’engager pour le jour suivant, mais il devait d’abord terminer son diplôme d’enseignement.

Chris débuta en Septembre et demeura dans cette école durant sept ans. Avec son allure enthousiaste, il continue : « J’ai aimé chaque minute. Les autres disaient que c’était un poste isolé, mais je n’ai pas remarqué l’isolement. Nous avions un bon personnel enseignant et une forte communauté oblate. Nous nous appuyions les uns les autres. Ce fut là une des plus belles expériences de communauté oblate que j’eus jamais vécues.  Peut-être que l’isolement était un facteur qui y contribuait. » 

Et alors le Provincial oblat s’amena et demanda si Chris voulait aller à Sheshatshit, une communauté Inuit.
Il réduisit cela à un mois et insista qu’il s’arrangeât pour que le billet d’avion ne fût que pour un mois!
Il y arriva en plein blizzard, sans que personne ne fût à l’aéroport pour l’accueillir. Comme il s’apprêtait
à se diriger vers la ville, il frappa à la première maison. « Où se trouve la maison du prêtre? » On l’informa qu’elle venait de brûler deux jours auparavant.

C’est à  partir de ce moment qu’ « il sut qu’il voulait y rester. » Il informa son Provincial qu’il pouvait jeter
la clef car il restait! Le principal de l’école offrit à Chris une tâche avec l’indication claire : « J’ai besoin de vous! »

Chris ajouta son appréciation de tout ce que les Innus lui avaient appris. « Ils nous apprirent à survivre. »
Il se souvient de la nuit où il fut pris dans le blizzard, tout seul. Des chasseurs Innus, il avait appris comment renverser le skidoo de côté, comment faire un feu et se coucher pour la nuit en sécurité. « Au matin, les gens arrivèrent pour le ramasser. » Ils avaient été tellement généreux de partager avec lui  leur instinct de survie.   

Trente-et-un ans plus tard, Chris affirme encore : « Ils m’ont enseigné tant de choses! Les étudiants m’ont enseigné le langage Inuit. » Il n’y a pas si longtemps, un des anciens commentait la façon selon laquelle Chris parle leur langue. « Tu parles tout à fait comme un ado! » Il sourit de côté. C’est justement un jeune qui m’a appris à parler la langue!

Il y a chez lui un sens d’harmonie avec l’histoire. « Je suivais la tradition des Oblats. Nous avons eu une présence au Labrador depuis 1847. » Il est assez significatif que ce sont les premiers missionnaires oblats qui ont écrit les dictionnaires en premier, traduit tout l’Ancien Testament et les prières liturgiques en langue
Sheshatshit. Les experts en études des langues reconnaissent que le seul endroit où la langue sera gardée vivante, d’une façon vitale, sera dans les églises. Toutes les cérémonies liturgiques sont célébrées dans la langue Sheshatshit. Chris ajoute que c’est là quelque chose « que nous ne voulons pas perdre. »

En quittant le Labrador, Chris est bien clair. « J’aime les gens et ils m’aiment. J’ai plus appris d’eux que je ne leur ai jamais donné. Ils m’ont tellement appuyé quand j’ai eu des drames de famille personnels. J’ai eu un frère qui est mort et ses cendres sont enterrées dans le cimetière Sheshatshit. Les gens ont toujours été tellement accueillants et je serai enterré ici aussi.

« Je sais que nous avons fait du bon travail. Nous avons eu nos hauts et nos bas comme toute famille. Même s’il n’y a plus d’Oblats ici, notre présence sera encore ici. » Chris se répète, « Ils m’ont donné plus que je ne leur ai jamais donné! »

Alors qu’il se meut en demi-congé sabbatique, Chris se propose d’écrire son histoire et les multiples expériences des gens. C’est là un besoin personnel, mais aussi, tout à fait un besoin que l’histoire de ces gens soit écrite. Le congé sabbatique va être l’espace de respiration permettant de réfléchir à ces histoires et à ce qu’elles signifient. Il ajouta que l’histoire qui a reçu une attention nationale à propos de son skidoo  qui a éclaté trois fois et a pris feu, a attiré l’attention sur la vie parmi les Inuits. En souriant du coin des lèvres, il ajouta que le prix de la presse lui fut attribué en raison de l’originalité de cette histoire! Quand votre skidoo prend feu et explose, l’histoire va toujours être originale!

Durant plusieurs années, Chris a accompagné les hommes dans leurs expéditions de chasse et de pêche, parfois durant les parties les plus froides de l’hiver. Son skidoo a été volé et vandalisé. La Bande l’a généreusement remplacé par une machine à neige de Bombardier. Il avait un modèle qui a fait preuve d’être une machine fautive, attestée par plusieurs de ses propriétaires le long de la côte du Labrador. Le
skidoo de Chris était l’un de ces engins qui ont pris feu!

À présent,  il craint que son skidoo pourrait éclater encore une fois et il a discontinué de faire ces voyages de chasse.

Il y a eu des années très douloureuses, mais les rapports entre l’Église et les gens ont tourné le coin. Cette dernière Semaine Sainte, l’église avait de l’espace tout juste pour les liturgies de la Semaine Sainte. Lorsque Chris demanda aux gens ce qui était arrivé en raison de cette réponse très significative pour la Semaine Sainte, on lui répondit : « Ce qui est arrivé, c’est que nous nous sommes pardonnés  l’un à l’autre! » C’est là un témoignage de la façon dont les gens sont vraiment bons, Ils ont été catholiques depuis les années 1600, et n’ont eu des missionnaires pour les visiter que durant les premiers deux cents ans. Ils ont gardé leur foi vivante par le biais du chapelet et ont enseigné les sacrements à leurs enfants. « Ils nous ont évangélisés de multiples façons. » Ceux qui sont missionnaires vont comprendre ce que c’est que de recevoir cela des gens.

« L’Esprit était toujours parmi eux. Nous avons eu à reconnaître ce fait et ils nous ont aidés à découvrir l’Esprit à l’intérieur de nous-mêmes. » Voilà ce qui a été un correctif théologique pour le missionnaire et pour les gens.

À son départ, des mots très importants ont été prononcés. Les larmes aux yeux, il raconte comment la nuit dernière un des anciens qui déplorait son départ, lui affirma : « Mais tu appartiendras toujours au cercle! »
Chris prit une respiration profonde. Quelle image puissante! « Nous appartenons tous au cercle », ce qui veut dire, nous appartenons tous les uns aux autres. 


VOUS HÉRITEZ DU FRUIT DE LEURS PEINES
… Jn 4 :38

Construire à même les labeurs des Oblats qui l’ont précédé.

blomphoto1.web

Mark avec sa peinture de l’icône

de Marie et son morceau

de saule taillé en diamant

Soumis par Mark Blom OMI

Le prochain mois d’Août marque six années de ministère à La Ronge et Southend, dans le Nord de la Saskatchewan et le diocèse de Keewatin-Le Pas. En Septembre, je vais commencer mon travail comme directeur des vocations et promoteur de la Province Lacombe. À mon arrivée en 2007, les deux paroisses étaient sans pasteurs. La Ronge durant environ huit ans et Southend durant à peu près trois mois. N’ayant personne pour me montrer la manœuvre, j’ai eu à trouver mon propre chemin à l’intérieur de deux communautés distinctes et le monde de l’administration, puisque je n’avais jamais été curé auparavant.

La Ronge avait un conseil de paroisse qui fonctionnait bien, et l’on avait maintenu la vie paroissiale en marche pour un weekend par mois. Southend avait toujours eu un prêtre, mais ils n’avaient pas de conseil. Le P. Lemay OMI et sa sœur Rita y avait vécu durant les dix-neuf années précédentes. Mais à cette époque il était devenu trop malade pour y revenir de ses vacances à Québec. Il était âgé de 89 ans.

Durant nos années de scolasticat, les vieux missionnaires que nous avions visités nous avaient toujours dit que durant la première année dans une paroisse du nord, on devait garder les mains dans ses poches! Et laisser les gens arriver à nous connaître et à se fier à nous, avant de commencer à faire quoi que ce soit de neuf. La première année, j’ai vraiment essayé d’en arriver à connaître les gens au sein des communautés et à faire du nettoyage sérieux dans les résidences et les bureaux. Southend était particulièrement un défi. C’était une situation typique des missions éloignées du nord : les Oblats ne jetaient jamais rien au loin. Le garage, les ateliers et les sous-sols étaient complètement remplis de déchets. De vieux moteurs, des cannettes d’écrous et de vis, du filage, des clous, du cordage, des tuyaux, des machines brisées et du bois. J’ai transporté deux pleins camions de volumes (environ 1600 livres!) de Southend au centre de recyclage de La Ronge.

Les résidences avaient toutes les  deux besoin de beaucoup d’entretien. À Southend, les cuves pour l’huile à chauffage avaient coulé et abîmé le ciment et le plancher. Les murs se détérioraient, en raison de la moisissure et du terreau. La plomberie à travers la maison dégouttait de condensation et pourrissait les planchers et le système d’égout faisait défaut. À La Ronge, l’espace de rangement pour l’église et la résidence avait des filets d’eau qui s’écoulaient à chaque printemps et chaque pluie sérieuse. J’y ai appris qu’une maison bâtie sur un lit de roches ne permet pas nécessairement un bon écoulement. J’y ai appris au sujet des pompes d’égouttage, des fournaises à l’huile et des fournaises électriques, et au sujet des barrières à vapeur et des barrages à glace. Et j’ai appris la différence importante entre des pneus à quatre et à huit épaisseurs!

Plus j’ai passé de temps au sein de la communauté, j’ apprenais les histoires des Oblats qui sont venus là avant moi : Waddel, Darveau, Turcotte, Lemay, Hermann et Stang. J’ai appris ce que les gens ont apprécié chez ces missionnaires et comment leur ministère était toujours présent dans la foi des gens. J’ai ressenti vraiment comment j’avais hérité de leurs travaux. Cela était vrai au sens matériel. Chaque fois que j’ai réparé ou remis en forme les bâtiments, ou poursuivi les procédés d’évangélisation de la façon selon laquelle les gens pouvaient s’y identifier, j’ai hérité de leurs travaux. Un exemple : j’ai aidé des gens à saisir comment les spécialistes de la Bible voient les ajouts et les rédactions dans l’écriture de la même façon dont nous voyons les diverses rénovations dans l’église : le P. Waddel utilisait du ciment, le P. Turcotte tapait fort sur ses ongles, le P. Lemay utilisait partout  des écrous pour mur en pierre sèche et moi, j’utilisais de forts amas de glue adhésive.

Je ressens une lourdeur de cœur à mesure que je quitte le Nord et ses nombreux besoins pastoraux. Je rêve d’avoir plusieurs vies de surplus que je pourrais de quelque façon consacrer à cette église qui a souffert et s’est battue pour guérir et survivre au travers de ses nombreux défis. Mon engagement au ministère des vocations pourrait être la seule façon dont je pourrais faire cela.

J’espère qu’avec mes dons de perspicacité et d’explication je serai en mesure d’éveiller chez les jeunes d’aujourd’hui, et surtout les jeunes hommes, l’ambition de se donner totalement à la vie missionnaire comme les Oblats. J’espère devenir un avocat pour les diocèses du Nord, dans leur besoin de prêtres et de missionnaires, bien au-delà de la vie confortable du Sud.

Je rends grâce à Dieu pour les Oblats qui m’ont précédé et dont j’ai partagé les travaux durant ces six dernières années. Je remercie Dieu d’être en mesure  de travailler à plein temps pour en inviter d’autres à entrer dans l’œuvre du Christ aux frontières de notre monde.  


VOILÀ UN SURVIVANT ORIGINAL

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Voici ce qu’était le panégyrique offert aux funérailles du P. Denis, le 21 mai, à St.Albert, Alberta, par Brian Kearns.

C’est mon privilège de vous entretenir aujourd’hui du P. Denis Buliard. Pour moi, c’était un grand ami et un homme unique, qui a vécu sa vie dans l’unicité du désir, dans l’humilité et le renoncement.

Denis est né en 1924 au Barboux, une petite communauté rurale, près de la frontière suisse. Il était le cadet de sa famille et avait trois sœurs et quatre frères. Son frère aîné était Oblat, vivant en France et il avait aussi deux cousins qui étaient des Missionnaires Oblats du Canada; l’un à la Baie d’Hudson et l’autre au Mackenzie. Aussi était-il peu surprenant qu’il entrât chez les Oblats à l’âge de 17 ans, désireux d’être un missionnaire.

Son Supérieur, sachant qu’il était un garçon de la campagne, lui confia la responsabilité de l’extérieur du Séminaire. Il s’affaira à laver les fenêtres, à entretenir les champs et à réparer la machinerie. Il travaillait revêtu de sa soutane avec sa croix oblate autour du cou, comme c’était la coutume alors, et un jour, sa Croix tomba dans la machinerie. De façon prophétique, il disait que c’était un bon signe que le Seigneur l’avait rejoint dans son travail!

Fort Selkirk : 1948-1951 (3 ans)

Sa première obédience, comme jeune prêtre âgé de 24 ans, fut pour Fort Selkirk, BC. Je peux bien vous dire qu’il n’y avait pas là grand’chose! C’était un établissement Indien saisonnier, faisant surtout le commerce des fourrures et du bois. Tout comme Jean Baptiste, il fut envoyé dans la sauvagerie! C’était un environnement très étrange pour un jeune Français et pour un premier poste missionnaire, c’était tout un défi.

Il y était tout seul; aucun prêtre avant lui ni après lui. C’est là qu’il apprit à se débrouiller dans des conditions de vie isolées, devenant un véritable ‘homme du Nord’. Une fois il me raconta une histoire à propos d’un ours noir persistant qui venait razzier sa cache de viande tous les soirs. Il devint vraiment enragé, et en conséquence il attacha son fusil à un arbre et martela un clou en face de la gâchette. Il plaça un bloc de viande au bout du fusil et à l’aide d’osier il construisit un corral en forme de V qui y menait. Le matin suivant, il sortit pour trouver l’ours mort, avec de la viande dans sa gueule et un trou dans la tête!

Ce furent là les années de formation de la vie missionnaire de Denis. À Fort Selkirk, il acquit un sens d’indépendance rude. Il était le Survivant original, devenant accoutumé à la solitude qui forgea en lui un homme d’acier et d’autosuffisance. Et c’est là qu’il grandit dans l’amour du silence. Des années plus tard, le P. Guilbaud aimait plaisanter en disant que Denis venait le visiter pour quelques jours à Upper Liard, juste pour s’asseoir en silence en ne disant rien!

Old Crow : 1951-1966 (15 ans)

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En 1951, il fut envoyé à Old Crow, où il passa les quinze années suivantes en vivant au-dessus du Cercle Arctique. Old Crow était une Mission Anglicane bien établie, avec un seul Catholique, un jeune Français qui dirigeait l’épicerie! Denis était heureux de laisser les requêtes de l’église institutionnelle aux Anglicans, tandis qu’il s’engageait dans la communauté, en rendant témoignage à la présence du Christ de multiples autres façons et sans attendre de conversion.

Denis était un homme à multiples talents. Il construisit là la Mission, à l’aide de troncs d’arbre tirés à partir de vingt-cinq milles par une meute de chiens. Il était un excellent conducteur de traînes à chiens, accompagnant parfois la RCMP jusqu’à Aklavik et la Côte de l’Arctique, avant de retourner à Old Crow.

La migration annuelle des caribous était une occasion en or de chasser pour la communauté, avec des milliers de bêtes dans le troupeau en mouvement. Mais un été, les caribous faillirent à arriver comme de coutume, et la communauté devenait très dépourvue d’approvisionnements. Et ainsi, de concert avec un Indien de l’endroit, il mena son embarcation loin en haut du courant pour chercher du  caribou. Ils campèrent cette nuit-là sans succès, mais s’éveillèrent le matin suivant en entendant le caribou qui traversait la rivière. Ils sautèrent hors de leurs sacs-à-couchage et tuèrent vingt caribous avant le déjeuner! Et puis, ils les étripèrent, les attachèrent ensemble et les tirèrent le long du courant comme un gros radeau, derrière leur embarcation. La viande fut partagée par toute la communauté et ce soir-là il y eut une grande fête! 

Iskut Lake : 1966-2004 (40 ans)

En 1966, il fut envoyé au nord de la Colombie britannique, où, durant les  quarante années suivantes, il fut engagé dans un ministère de paroisse plus traditionnel, à Iskut Lake, Telegraph Creek et Dease Lake. Il y fut aidé par les Sœurs du Service de la Mission. En dépit de la concentration accrue sur le travail pastoral, il s’employa encore à édifier une église et un presbytère à Iskut Lake et Telegraph Creek, fondamentalement sans aucune aide.

Quand je le rencontrai pour la première fois, en 1966, nous engageâmes un lien immédiat et il devint mon mentor et mon guide. Comme vous le savez, il était un homme timide, pourvu de peu de mots, et plus à l’aise à courir les montagnes qu’à prêcher. Mais il m’enseigna beaucoup de choses. Assis autour de son poêle bedonnant, au travers de réponses à mot unique (yep!) et de longs silences, il articulait son approche de la mission et pouvait parler et argumenter durant des heures à propos de la culture aborigène et sur le comment travailler avec les premiers peuples. Une inspiration majeure pour lui était Charles de Foucauld, le fondateur des Petits Frères de Jésus, qui avait passé sa vie au Sahara, au milieu des tribus nomades du désert. Si jamais vous vouliez comprendre Denis, vous devriez avoir quelque idée de la spiritualité de Charles de Foucauld.

Mais en dépit de son style de vie frugal et austère, il demeura un vrai Français et savait comment apprécier les bonnes choses de la vie. Il me fit découvrir les escargots et aimait à me montrer comment ramasser le pain au-delà du beurre d’ail, après les avoir mangés. Il rentrait toujours de ses vacances en France avec une provision de cigarettes Gauloise et une bonne bouteille de vin. En riant, il disait que nous ne devrions pas perdre le vin chez les Sœurs, qui ne sauraient l’apprécier! Et ainsi, il attendrait ma prochaine visite alors que nous pourrions partager du bon vin et de la bonne cuisine.

Il y a cinq ans, alors qu’il célébrait son 60e anniversaire d’ordination, il reçut une bouteille de Cognac Rémy Martin, de la part des Oblats du Yukon. Je fus enchanté de partager un verre avec lui, ce jour-là, dans sa chambre. J’ignore totalement où est allé le restant de la bouteille! 

Retraite : 2004-2013 (9 ans)

Suite à une attaque, il était affaibli et confus : ce fut un ajustement difficile de le mouvoir dans le Foyer Lacombe. Mais, assez tôt, chaque jour comme une horloge, il se mettait à parcourir la même route de cinq kilomètres dans les environs. C’était une grande sortie pour son énergie naturelle.

Je puis vous assurer qu’il se sentait chez-lui au Foyer Lacombe, ne se rappelant peut-être pas votre nom, mais heureux d’être parmi ses frères. J’étais fier de faire partie aussi de sa famille. Il aimait taquiner et être taquiné. Je lui disais que puisque seuls les bons meurent jeunes, il avait dû être un très mauvais garçon, pour avoir survécu à tous ses pareils. Il répondait alors de façon typique, avec un haussement d’épaules et un petit rire, en faisant semblant de se battre ou de jouer du bras avec moi.

Comment dire adieu à ce magnifique missionnaire et ce simple, ce prêtre si gentil? Je pense en silence : en le gardant dans nos cœurs.

Il a mené le bon combat. Il a terminé sa course. Il a gardé la foi. Qu’il Repose en Paix. 

ROBERT LAROCHE OMI - artiste

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La fin de l’été






 




 

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